Astrophotographie

Sébastien Lebrigand :
un aéronef dans le viseur

(©Sébastien Lebrigand )
Un astrophotographe atypique

Avec son téléobjectif, il traque comme nul autre, le passage des avions traversant les astres en ombre chinoise. L’astrophotographe Sébastien Lebrigand immortalise des instants furtifs que l’œil nu ne pourrait entrevoir. Les résultats sont saisissants. Rares sont les photographes dans le monde à réaliser ce type de clichés.

Modeste, il se dit simple spectateur d’un phénomène, qui se contente d’appuyer sur un bouton.
Mais vous allez découvrir qu’il n’en est rien…
 

(by Giphy.com)

Les yeux au ciel
Qu’est-ce qui peut bien pousser les humains à rester des heures à scruter le ciel nocturne ?
Depuis des temps immémoriaux, que cherche-t-on à trouver dans les profondeurs d’un insondable Univers ? Fascinant, hypnotique… cet écran noir peuplé de lumières fabuleuses fait émerger bien des questionnements scientifiques, métaphysiques, philosophiques ou même poétiques…

(by Giohy.com)
Contact (SF drama film) with Jodie Foster

Attention maximale
Sans artifice et à l’œil nu ou avec l’appui des technologies les plus sophistiquées….
Certains restent immobiles, l’œil rivé à un télescope, une lunette…
D’autres à un viseur d’appareil photo fixé sur un trépied avec objectif lumineux…
Quand ça n’est pas pour s’immobiliser, casque sur les oreilles, à écouter les étoiles sans relâche.

©Sébastien Lebrigand

Points de vue
Du fond de son jardin étendu dans un transat, à l’issue d’une longue marche pour atteindre le sommet d’une montagne encore épargnée par la pollution lumineuse, depuis le pont d’un bateau au milieu de l’océan ou encore à plus de 400 kilomètres de la surface terrestre, en orbite basse au milieu de la thermosphère, à bord de la station spatiale internationale….

Peut-être n’y a-t-il pas une seule et unique réponse à ces questions, mais que la quête de chacun fait sens au singulier du pluriel.

©Sébastien Lebrigand

Atypique 
Sébastien Lebrigand

Il est UN astrophotographe amateur sur cette planète, qui a toutefois attiré mon attention en particulier. C’est surtout le résultat de son travail qui m’a interpellé. Car Sébastien Lebrigand, technicien RATP dans la région parisienne, sur son temps libre, prend sur le vif tout objet volant motorisé traversant le disque solaire ou lunaire et l’immortalise à jamais. Le résultat ne laisse pas indifférent. Il a d’ailleurs à son actif un succès international sur les réseaux sociaux.

©Sébastien Lebrigand

Sébastien Lebrigand,
@Lebribri pour les tweetos … Sa Story

Poussé par la curiosité
«Quand j’étais enfant, mon père me disait en pointant le doigt vers le ciel « les étoiles que tu vois, elles n’existent plus » et ça ça m’avait beaucoup marqué ». Des questionnements et une recherche de réponses en découlèrent. Pour assouvir sa soif de comprendre, ça n’est pas vers des études scientifiques que Sébastien s’est tourné.
« L’astronome est foncièrement curieux. Et on n’en finit pas de découvrir de nouvelles choses d’ailleurs ». Fasciné par l’idée de fixer sur la pellicule un objet invisible à l’œil nu qui est bien là et qui pourtant n’existe plus… Sébastien trace sa propre route.

(By Giphy.com)

La nuit, tous les chats sont gris

Au-delà de la vision humaine
Pour lui, au fond, on est tous photographe. En tout cas aujourd’hui, il est facile pour une grande majorité de personnes sur la planète, de faire des photos, ne serait-ce que via son smartphone. Est-ce que la photo est « bonne » ? C’est un autre débat.
Avec l’astrophotographie, c’est une autre affaire. Selon Sébastien Lebrigand, « c’est tout de suite compliqué et très difficile », précisant qu’il faut se confronter au noir de la nuit. Le manque de luminosité est l’ennemi de l’appareil photo et de l’œil humain qui ne perçoit plus distinctement les couleurs et les choses. L’astrophotographie permet d’aller au-delà des capacités du corps humain. « Sachant qu’à l’œil nu, en observant le ciel, on ne voit que 2 ou 3000 étoiles, m’intéressant à l’astronomie, j’ai d’abord fait des dessins et puis très vite, l’envie d’aller plus loin, au-delà même des étoiles, m’a poussé vers la photo. »

©Sébastien Lebrigand

Le déclic du numérique
« Aujourd’hui, avec le numérique et le capteur CCD (arrivé sur le marché français vers 1998) et CMOS, c’est quasiment instantané. En quelques secondes, proportionnellement au temps de pause, la lumière va être captée et permettre d’enregistrer plus ou moins de détails à la condition de ne pas bouger, bien évidemment. Et on peut avoir tout de suite l’image sur écran d’ordinateur ».

©Sébastien Lebrigand

Le matériel incontournable
Pour s’attaquer à l’astrophotographie « il faut impérativement du matériel dédié. Des objectifs à longues focales, du très bon matériel, sinon on ne peut rien faire et les résultats seront décevants. On a beau être très bon, c’est comme un pilote de course, il peut être excellent mais si il n’a pas un bon moteur sur sa voiture, il ne peut rien faire ». L’observation du ciel pousse les astronomes professionnels à augmenter toujours plus le diamètre des télescopes pour accueillir toujours plus de photons et donc d’informations sur le capteur. Ils veillent à toujours optimiser davantage leur positionnement jusqu’à les mettre en orbite dans l’espace. (James-Webb Space Telescope Hubble)

Problème ?
« Quand on veut faire une astrophotographie en longue pause – une fois je suis allé jusqu’à 45mn en déclenchant toutes les 30 secondes – mais même en faisant à peu près 200 pauses de 30 secondes par exemple, on se retrouve avec une dizaine de clichés sur lesquels il y a des satellites ou des avions. On est obligé de les mettre à la corbeille puisque la photo est alors gâchée par des traits parasites. » La modernité fait, certes, le bonheur de certains et le trafic aérien est de plus en plus dense, mais c’est « une catastrophe pour l’astrophotographe »,  quasiment où qu’il soit sur la planète. A cela s’ajoute le problème des pollutions atmosphérique et lumineuse avec lesquelles il faut aussi composer. (Chaimtrailsmog, lumières….)

Map View : by Flightradar24
Live Air trafic around the World

No problem
Curieux et toujours prêt à relever de nouveaux défis, Sébastien Lebrigand n’enrage pas plus longtemps et préfère tenter une nouvelle expérience en tirant parti de la situation. « Je me suis dit « tiens je vais essayer de voir comment obtenir à la fois un avion net et l’astre devant lequel il passe net » ». Il se concentre sur le soleil et la lune et commence alors une nouvelle aventure en jouant sur la focale et la mise au point. « Plus tu augmentes la focale plus tu réduis ton champ et plus il y a des vibrations donc difficile de sortir un cliché net et précis. Un vrai challenge. J’ai acheté la lunette et l’appareil photo en conséquence. »

(©Sébastien Lebrigand ) Moon and Night

Coller au réel
« J’ai trouvé cela esthétique finalement. La première fois, en 2012, j’ai  même reconnu le logo de l’avion Air Berlin qui m’a acheté le cliché par la suite ». Optant pour un post traitement minimaliste, Sébastien Lebrigand préfère réaliser une belle image tout de suite. « Je préfère partir de l’image brute parce que je veux vraiment montrer ce qui est visible à l’œil nu. Toutes les photos que je réalise sont exactement ce que l’on verrait si on avait un filtre protégeant l’œil pour voir le soleil. »

(©Sébastien Lebrigand)
Sous le soleil exactement un Boeing787

Le cliché le plus difficile à réaliser, celui dont Sébastien Lebrigand est le plus fier au moment de cette interview, met en scène aussi son avion préféré sur fond de disque solaire.

Avion : « Le 787 pour moi, c’est le plus beau » 

Fascinant disque solaire
« Le soleil est mon astre préféré parce que sur un ciel bleu, quand tu le regardes, de se dire que c’est une étoile et qu’on est autour, c’est magnifique », précise Sébastien Lebrigand.  S’il n’était pas là, il n’y aurait pas la vie que nous connaissons sur Terre, sans doute une des raisons qui fait que de nombreuses civilisations l’aient élevé au rang de divinité.

©Sébastien Lebrigand

Dans la Lune
Le préféré de Sébastien Lebrigand sur fond de lune, reste ce cliché pris de jour, avec le passage du 737 de Ryan air qui décollait de Beauvais. « Il est passé juste au-dessus de moi à 3000 mètres. »
Quand on a sorti le matériel, tout monté, installé (partie un peu fastidieuse de la vie d’astrophotographe )  la patience est parfois grandement récompensée.
« Je me suis dit -« là c’est la photo de l’année » »

©Sébastien Lebrigand

Saisir les opportunités
Dès qu’il fait beau, le télescope 600mm courte focale, est de sortie sur son emplacement habituel, sauf exception.

©Sébastien Lebrigand

Recherches titanesques et observations patientes à l’appui, « je connais maintenant les couloirs aériens quasiment par cœur et j’arrive à anticiper les trajectoires. Je sais du coup à quel moment et à quel endroit l’avion va croiser la lune ou le soleil dont j’ai aussi étudié les trajectoires. Encore faut-il que les conditions soient bonnes. La vérité, c’est qu’il y a aussi beaucoup de frustration car parfois il fait beau, pas un nuage, et il n’y a rien ». La curiosité est l’une des qualités principales de l’astrophotographe, mais la patience et la ténacité lui sont aussi nécessaires. Car toutes les conditions ne sont que rarement parfaitement réunies.

Aucun droit à l’erreur
En revanche lorsque l’aéronef passe devant l’astre « on a droit à aucune erreur, ça se passe en un clin d’œil ». Ça n’est pas le moment de méditer sur les réglages. Tout va très vite. « Sur la mise au point il ne faut pas grand-chose pour basculer dans le flou » explique Sébastien qui fonctionne en manuel sur des mouvements micrométriques. « Il faut être très à cheval sur la mise au point ».

De Twitter à l’Aviation
« Moi les avions, je n’y connaissais rien au départ. C’est à force d’observations et poussé par la curiosité, que j’ai fini par en savoir un peu plus long sur le sujet. Quand on veut tweetter une photo, il faut quand même apporter quelques éléments de précision. » Apprendre à reconnaître les différents modèles d’avions, comprendre leurs spécificités techniques (autonomie, vitesse de croisière etc.) était donc utile, sans pour autant devenir un passionné d’aéronautique.

©Sébastien Lebrigand

Renié par ses pairs ?
« Les astronomes n’aiment pas ce genre de photos. Un avion qui passe devant la lune c’est une photo gâchée. Pour eux l’intérêt c’est la Lune. Pourtant, j’apporte la preuve que l’on peut allier les deux » explique Sébastien. L’astronomie reste sa passion « si une comète devait passer par là, je suis prêt et j’ai ce qu’il faut pour l’observer ».
Le fait est que Sébastien Lebrigand fait référence en France, sur ce type de photographie à présent. Rares étaient les clichés de ce genre au début des années 2000 et rares sont les photographes qui lui ont emboîté le pas au delà de 2012 et encore aujourd’hui.

Partage et réseaux sociaux
Les photographies de Sébastien Lebrigand rencontrent un succès grandissant auprès des internautes via les réseaux sociaux. Il faut dire qu’il partage volontiers ses clichés appréciés par les scientifiques, les fans de photographie, d’aéronautique et bien d’autres. Quand un commentaire d’un internaute découvrant son dernier cliché lui dit « ça va me faire ma journée » , Sébastien avoue que ça lui fait chaud au cœur. « Donner du plaisir aux gens, ça me suffit. C’est pour ça que j’aime partager ».

Sébastien Lebrigand sur Twitter @lebribri

Pris à son propre jeu, il s’est laissé séduire par l’esthétisme de ce type d’images. « On montre quelque chose qu’on ne voit jamais », le caractère unique d’un cliché qu’il a fallu mériter : voilà ce qui donne à Sébastien Lebrigand la motivation de continuer.
Ravi de se dire qu’il a réussi à figer des moments rares, Sébastien a capturé quasiment tous les types d’appareils en cinq ans, à part l’A380. Il rêve à présent d’exposer son travail un peu partout dans le monde.

Un article de Nathalie Baldji

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