Agriculteur : impossibles congés ?

Archives – Agriculture
(Le Dauphiné Libéré dossier de UNE du 31 juillet 2010)

Agriculture – Savoie

Partir en vacances :
comment font les agriculteurs ?

Les agriculteurs ont-ils droit
à leurs vacances au soleil ?

Depuis plus de 30 ans, la vie des agriculteurs a changé. Un service de remplacement adapté a été créé. Un précieux outil de proximité qui, au fil du temps, s’est structuré de façon à répondre à une demande croissante, mais encore assez peu utilisé.
Le service de remplacement a pour objectif d’offrir la qualité, conscient que pour l’agriculteur l’enjeu de la bonne gestion de son exploitation en son absence, même courte et très ponctuelle est de l’ordre du vital.

31 697 heures effectuées en Savoie en 2009

Novateur, original, le concept a bousculé l’ordre établi, à la fois pour faire face aux aléas de la vie, mais aussi pour en améliorer la qualité. Non seulement ce service est là en cas de coup dur (accident, problème de santé), en renfort sur les «coups de bourre», mais aussi pour les heureux événements et autres activités (naissance, mariage, formation, responsabilités au sein du tissu associatif ou politique local etc).
La cerise sur la gâteau, ce service a ouvert la porte en grand à ces oubliés des congés payés. Loisirs et les véritables vacances, un luxe que leurs pères et grands-pères n’ont jamais pu connaître, leur est désormais accordé.
Dans l’absolu, tous les agriculteurs peuvent vivre comme tout le monde et partir à la mer avec femmes et enfants en été ou prendre un congé paternité.
En France, en 2009 selon un rapport de la FNSR « 21 000 agriculteurs ont mobilisé 155 000 jours de remplacement pour congé. 2e cause de recours au service de remplacement après la maladie et l’accident ».
Se faire remplacer a cependant un coût. Par ailleurs tous ne sont pas prêts à sauter le pas. Les vieilles habitudes ont la peau dure. Cependant, avec l’aide du Crédit d’impôt, en 3 ans, la sollicitation du service de remplacement pour «vacances» a augmenté de 56%.
Sabrina Coger, Conseillère à la FNSR annonçait que « Selon la MSA, en 2009, le nombre de chefs d’exploitations ou d’entreprises agricoles en Savoie était de 7589. Sur les 9 services de remplacements déployés en Savoie, 393 adhérents ont bénéficié du dispositif (31 697 heures effectuées). » Ce qui génère également de l’emploi (en 2009: 11,1 salariés permanents / pour 3 962 journées réalisées en Savoie ). Des formations spécifiques ont même été créées. Par ailleurs, certaines exploitations non adhérentes aux services de remplacement s’organisent en interne parce qu’il y a suffisamment de monde pour pallier aux absences (maladie ou vacances). D’autres encore s’entraident en famille ou entre amis, mais bon nombre ne s’accordent tout simplement pas encore de répit.

Christian Dumoulin
fait appel au service de remplacement

Christian Dumoulin, 43 ans père de deux garçons de 14 et 16 ans, producteur de Tome des Bauges Fermière à La Compôte, est installé depuis 1988. Il gère une exploitation de 67 hectares, avec 35 vaches laitières, 18 génisses et 8 veaux d’élevages. Il travaille seul, sa compagne étant salariée par ailleurs. Il se lève tous les jours vers 6h. Il produit dans l’année 45 000 litres de lait fabriqués et environ 130 000 litres pour la laiterie. Depuis un peu plus de 10 ans, il adhère au service de remplacement des Bauges sans en abuser. Un week-end de temps en temps « la pression est moins forte » pour lui ainsi, et plus rarement une semaine de vacances (pas tous les ans, pour peu qu’il y ait en période «creuse» quelques travaux d’entretien des bâtiments à faire).

Accorder sa confiance
Mais il confie son exploitation à Philippe reconnaissant volontiers que ce dernier gère ses bêtes  «comme si c’était les siennes », ce qui rassure Christian « car selon les personnes qui les approchent les vaches peuvent stresser ». « Je m’organise pour ne jamais partir tant que les foins ne sont pas terminés et en dehors des périodes où les génisses vêlent ».
Ainsi le remplaçant n’a que les affaires courantes à gérer: traite des vaches, soin des veaux, distribution d’eau aux bêtes.  « Je m’arrange alors pour que les changements de parcs soient faciles et à proximité pour Philippe ».

Des vacances oui, mais actives
Partir en vacances n’est pas une décision si facile à prendre pour Christian. Non seulement parce qu’il n’en a pas eu l’habitude mais, que pèse le poids de son exploitation sur ses épaules. Difficile de partir complètement serein malgré tout quand on est « à fond dedans tout le temps » et qu’une fois en vacances « je ne peux pas rester sans rien faire ». Il faut donc que ces dernières restent actives tandis que l’horloge interne maintien les réveils très tôt le matin.

Casser le rythme, changer d’air
Mais il reconnaît qu’il est agréable de « casser le rythme, de faire autre chose, de se reposer », même si déconnecter complètement n’est pas encore évident et qu’il ne peut s’empêcher de téléphoner régulièrement pour prendre des nouvelles durant ses vacances.
Toute la famille apprécie néanmoins ces rares mais appréciables « congés » et escapades.
En 2008, en septembre partant à la mer une semaine, « nous avions la plage pour nous tous seuls, c’était super ».
Pour le plus grand bonheur de ses proches, Christian goûte aux joies des vacances et week end, doucement mais sûrement depuis 10ans.
Un soutien, une bouée de sauvetage, une bouffée d’oxygène,  le service de remplacement est une véritable avancée dans le monde agricole.

Philippe Boccon-Doure
remplace les agriculteurs en vacances

Philippe Boccon-Doure a 49 ans. Il est père de 3 enfants (21,19 et 15ans). Installé à Jarsy son épouse y est directrice d’Office de Tourisme. Il est le plus ancien agent de remplacement agricole de Savoie, fort de ses 16 ans d’activité derrière lui.
Agriculteur au départ, mais n’ayant pas pu s’installer, il s’est un temps reconverti en devenant bûcheron. Mais lorsqu’il a été sollicité afin d’assurer des remplacements auprès de collègues agriculteurs qu’il connaissait bien pour la plupart dans le canton, il a accepté, heureux de pouvoir exercer finalement son métier dans de bonnes conditions.
Salarié, il a ses jours de congés, des week-end et même s’il doit être toujours disponible en cas de coup dur pour les urgences auprès des 27 agriculteurs qu’il remplace, la proximité géographique de ses interventions, l’équilibre de sa vie de famille, la sérénité de ne pas avoir d’emprunts et de soucis sur le dos ni besoin de se déraciner font de lui un agriculteur satisfait.
« Il faut bien connaître les habitudes de chacun, le matériel, être polyvalent, savoir composer avec la météo lorsque je suis appelé en renfort pour les foins et qu’il pleut, on fait autre chose, charpente à rénover ou autre » explique Philippe, qui par ailleurs est très apprécié sur le terrain.

« Je fais partie de la famille bien souvent »

La confiance qu’a su inspirer Philippe et le sérieux avec lequel il exerce son travail ont été déterminants. « On me laisse les clés, certains téléphonent tous les jours pour savoir comment ça se passe et d’autres pas du tout ». Des liens d’amitiés se sont tissés. « Ma hantise c’est la panne de la chaîne à fumier, ça m’est arrivé une fois » mais globalement tout se passe bien « d’autant qu’en général les agriculteurs ne me laissent pas le sale boulot à faire ».
Au final, un bon tiers de l’activité de Philippe concerne les remplacements «vacances».

Qualités requises
Côté qualités requises : « il faut être souple, savoir s’adapter». L’agent de remplacement doit être capable de se substituer rapidement à l’agriculteur. Polyvalence, réactivité, disponibilité, ce dernier doit avoir aussi la santé, car le métier, bien que plus mécanisé aujourd’hui que jadis, reste un métier difficile et physique. Il faut se lever tôt, et braver la chaleur ou les intempéries.

Marie Thérèse Joly
présidente du GEVR des Bauges

Elle est présidente de l’un des 9 Groupements d’employeurs à vocation de remplacement (GEVR) de Savoie, dirigés par des agriculteurs bénévoles. Marie Thérèse Joly est agricultrice avec son mari. Ils sont installés à Lescheraines.  Elle s’occupe de la GEVR des Bauges depuis plus de 10 ans (au planning) et depuis 3 ans à la présidence .
27 adhérents répartis sur les 14 communes du Canton des Bauges, bénéficient des remplacements qui sont principalement assurés par un salarié titulaire et quelques renforts ponctuels.
Coût de l’adhésion : 80 euros par an (obligatoire pour bénéficier des services de remplacement).
Coût des remplacements : 85 € par jour (170 € pour les dimanches et jours fériés).
« Contenter tout le monde n’est pas facile » explique la présidente, qui elle-même fait appel à ce dispositif depuis 15 ans, reconnaissant qu’au départ « ça n’a pas été facile de sauter le pas» pour confier l’exploitation familiale. « Au final je suis bien contente de pouvoir partir en vacances». Pour elle le GEVR est «incontournable» ne serait ce qu’en cas de coup dur. Selon ses constatations, le tarif de la journée a néanmoins augmenté avec le temps, les aides ayant diminué. « Même si ici nous sommes bien aidés par la Communauté de Commune et soutenu par le Syndicat de la Tome des Bauges » précise t elle.   1 bon tiers de l’activité de la GEVR des Bauges concerne les remplacements «vacances» pour les 27  éleveurs producteurs laitiers adhérents. Pour assurer la pérennité de l’emploi de Philippe, et faire en sorte qu’il tourne régulièrement sur toutes les exploitations afin de bien les connaître, le groupement impose à ses adhérents un minimum de 2 jours de remplacement obligatoires dans l’année.

Un article de Nathalie Baldji

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