Air connecté et santé

Station-Air : 
smart, elle ne manque pas d’air

Que fait-on rentrer dans nos poumons en respirant?
Que fait-on rentrer dans nos poumons en respirant?

Qui serait tenté d’avoir sa propre station de mesure de la qualité de l’air à domicile  ? De savoir dans quel mesure l’on respire du bon air ?  

Une station intelligente, c’est smart ?

La Station-Air qui permettrait de mesurer la qualité de l’air à l’intérieur de chez soi, pourrait bientôt voir le jour. En tout cas, c’est à l’issue d’une campagne de financement participatif en cours, que l’on pourra estimer l’intérêt que le public manifeste pour ce type d’équipement connecté. Quel intérêt au juste ?
 

Station-Air pour mesurer la qualité de l'Air Intérieur
Station-Air pour mesurer la qualité de l’Air Intérieur

La Station-Air en bref
Il s’agit d’un boitier portatif connecté conçu chez IIDRE, que l’on peut déplacer d’une pièce à une autre, qui va évaluer la qualité de l’air à l’intérieur de l’habitat.
Son côté éco-citoyen : les données collectées dans un cloud, permettront d’avoir une estimation de la qualité de l’air des habitats à l’échelle d’un immeuble, d’un quartier, d’une ville… en fonction du nombre de stations ainsi installées et du partage des données. La Smart City va surveiller le niveau de concentration du monoxyde de carbone (CO) ou de dioxyde d’azote (NO2) en temps réel.
Son prix (via le projet Ulule : 180 €)
Que mesure la station ?
La pollution de l’air intérieur via ses deux principaux indicateurs :
– la concentration de CO
– la concentration de NO2
Le bruit (pollution sonore)
Le confort thermique (température et humidité) : Heat Index
Son fonctionnement : basse consommation d’énergie – connectée en mode Wi-Fi – dimension 15 cm x 15 cm x 5 cm – en matériaux naturels (pins des Landes massif)

couverture2Quel est l’intérêt de savoir si l’air que l’on respire quand on est chez soi contient ou pas une forte concentration de CO, de NO2 etc. ?

Quelques notions sur l’Air Intérieur
Diaporama

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En quoi la qualité de l’air impacte la santé ?
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Source des Diaporamas : Dossier "La Qualité de l'Air Intérieur" publié par l'ADEME/Région Franche-Comté/ASCOMADE/Pôle énergie Franche-Comté- mars 2011

INTERVIEWS

Michel Seyracdirecteur d’IIDRE 

Michel Seyrac (DR)
Michel Seyrac (DR)

Il travaille sur la mesure de la qualité de l’air depuis 2011. Particulièrement intéressé par le monde des be con (Be connected, ou objets connectés), il cherche à ce que ces objets intelligents aient avant tout une véritable utilité et répondent à de vraies problématiques. La qualité de l’air s’est vite imposée comme axe de travail pour le directeur de l’entreprise spécialiste des solutions de géolocalisation en temps réel et réseaux capteurs sans fil.

Sur quoi se base le choix des capteurs de la Station-Air ?

-Nous nous sommes notamment rapproché de l’INEF4, cluster de l’habitat durable sur le plan national, afin de travailler avec eux sur la pertinence de la démarche et d’aller à la rencontre de spécialistes de la qualité de l’air, notamment les Mines d’Albi. A la lumière de ces rencontres, j’ai d’ailleurs pris le virage de la qualité de l’air intérieur en particulier en m’intéressant aux mesures d’alerte. Nous sommes non pas sur la mesure de composants de l’air mais sur le champ de la prévention du coup.

En quoi votre dispositif permet de faire de la prévention sur les risques liés à la qualité de l’air intérieur ?

-Et bien il s’agit d’aller à l’essentiel et de se positionner sur les risques ménagers, notamment avec le monoxyde de carbone (CO), car on sait qu’il y a encore des morts chaque année par asphyxie du fait du manque d’alerte. On s’est inspiré des travaux de l’INRS qui, pour les professionnels, travaille sur la recherche de la sécurité et qui a publié un dossier sur la qualité de l’air intérieur qui référence les éléments essentiels à surveiller, tels que le CO justement. Un document sur lequel nous nous sommes beaucoup appuyés. La Station-air est conçue de telle manière qu’à partir de seuils de concentration franchis, il y a alerte. (la mesure du capteur se fait en ppm : partie par million).

Pourquoi n’avoir pas inclus les mesures des COV, tabac, radon, formaldéhydes, particules fines etc. ?

-Les COV sont assez complexes à détecter. Pour l’avoir fait sur un projet précédent pour lequel j’ai reçu le 1er prix du concours Open Data départemental 2013 en Gironde, la pertinence de cette mesure n’est pas démontrée, dans la mesure où il faudrait vraiment de grosses quantités de solvants et colles pour mettre la station en alerte. Pour le reste, il faut comprendre que la station n’est pas équipée de réactifs chimiques qui permettent de mettre en évidence, comme en laboratoire on peut le faire, des composés précis. La Station-Air est dotée de capteurs équipés de composants semi-conducteurs qui réagissent à la concentration de certaines familles d’éléments présents dans l’air. Si vous crachez votre fumée de cigarette sur la station, elle va réagir. Cela dit, on a déjà des capteurs COV et des capteurs pour les particules, simplement dans un premier temps a fait de choix de la simplicité pour rester accessible financièrement et tester l’intérêt du public pour ce dispositif. Ce qui veut dire qu’une évolution de la Station-Air est possible si le public est demandeur et en fonction des retours que l’on peut avoir.

Kévin Zagni,  spécialiste des objets connectés. Chargé de mission sur la Station-Air

Kévin Zagni (DR)
Kévin Zagni (DR)

Comment l’idée de la création de cette smart Station-Air a-t-elle vue le jour ? 

– L’idée est inspirée d’un open hardware qui existe déjà à l’étranger sur ce créneau : The Air Quality Egg, sachant que le revendeur français de ce produit là en France est Michel Seyrac, directeur d’IIDRE. Depuis 2 ans, nous travaillons ensemble et mon rôle a donc été de retravailler à partir de là sur un outil open data (qui permet à tous d’avoir accès aux données) qui va un peu plus loin que le seul entretien du débat sur la qualité de l’air tel que le propose Air Quality Egg, en proposant une station qui permet de faire des mesures un peu plus fiables en passant par le protocole LoRa®*, jusque-là surtout destiné aux professionnels mais qui va se démocratiser et aussi se mettre à disposition des particuliers.

En plus de la Station-Air, il faut donc s’équiper d’un dispositif LoRa® ?

-Les particuliers n’en ont pas besoin, dans la mesure où leur station sera connectée en Wi-Fi branchée sur leur box avec donc une portée d’environ 500m. Seuls les professionnels qui voudraient ainsi connecter plusieurs stations en auraient l’utilité dans un premier temps. Dans le cadre de la campagne de financement participatif, l’on peut en effet s’équiper d’une passerelle LoRa® Multi Station-Air qui permet de connecter autant de Station-Air que l’on veut sur un rayon de 10km.

Quel est le but ultime de la Station-Air et de la Smart City ?

-Le but est d’améliorer le confort des habitants des villes, et pourquoi pas de faciliter l’éco-citoyenneté ? Car pourquoi ne pas utiliser le concept de smart city pour que les citoyens aient plus de contrôle sur leur ville et notamment sur la qualité de l’air.

Est-ce un moyen efficace de sensibiliser les populations à la qualité de l’air selon vous ?

-Comme on pouvait le lire dans la campagne de Crowdfunding de #AirQualityEgg sur KickStarter :  “A community-led air quality sensing network that gives people a way to participate in the conversation about air quality.”   Une communauté pour donner aux gens un moyen de participer au débat autour de la qualité de l’air…. C’est un pari qui a bien fonctionné aux Etats-Unis et je suis convaincu qu’en France ça fonctionnera très bien. Moi le premier, en tant qu’ingénieur dans le domaine des objets connectés, c’est par la technologie que je me suis intéressé à la question.

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COV : Composés Organiques Volatiles

LoRa®* (acronyme de Long Range) est un système d’avenir pour les objets connectés. Ce protocole est une passerelle destinée aux objets connectés afin de communiquer sur Internet. Sa particularité est de communiquer à bas débit, à intervalle réguliers et d’avoir une longue portée. Bouygues Télécom et Orange ont déjà compris l’enjeu de l’utilisation de ce système avec le LoRa One (version payante).           À lire ici : What is LoRa®

La Station-Air : vraiment utile pour les professionnels ?

On pourrait toutefois se demander quelle est la valeur ajoutée de la Station-Air par rapport aux appareils de mesures existants sur le marché, que les professionnels utilisent déjà et qui apportent des données précises et sur une gamme d’éléments plus vaste ? Pour le porteur du projet, c’est le réseau LoRa® et la collecte des données sur un maillage urbain qui en fait la valeur ajoutée. « C’est la première station qui est compatible LoRa® » précisait Kévin Zagni.
La city entre dans une nouvelle ère, celle de la smart city.

Chouette, on respire !

cartographier la qualité de l'air intérieur ...
cartographier la qualité de l’air intérieur …

Quelques regrets toutefois

L’air intérieur ? Vraiment ?

On pourra regretter que la Station-Air, pourtant spécifiquement tournée vers la qualité de l’air intérieur, se focalise seulement sur la mesure de polluants issus de la combustion (Co). Le fabriquant estimant pourtant ainsi se focaliser sur la pollution principale d’après les propos de Kévin Zagni, alors qu’elle passe à côté des COV, l’ozone, le radon,  et particules fines pourtant spécifiques à la pollution de l’air intérieur et responsables de maladies et très présentes dans la composition des meubles, peintures et colles, produits ménagers etc. « On pourrait imaginer rajouter des capteurs spécifiques supplémentaires » précise cependant l’ingénieur, ce qui impacterait le coût de l’appareil, mais le rendrait plus pertinent et intéressant.

Des tendances plus que des données précises

La station ne permet toutefois pas de faire des mesures très précises, elle donne des tendances. L’avantage, c’est qu’à l’inverse d’appareils homologués plus précis qui prennent des mesures ponctuelles en des lieux donnés, la station enregistre des données à une fréquence beaucoup plus rapprochée, donnant une tendance en quasi temps réel, de l’état de la qualité de l’air sur une zone géographique plus étendue (selon le maillage des Station-Air déployées sur le territoire).

(©Nathalie Baldji) La flore au printemps

Dommage pour la Wi Fi ….

L’on peut regretter aussi que l’on se préoccupe de la qualité de l’air, du bruit et du confort thermique en oubliant totalement de se préoccuper des ondes électromagnétiques, puisque la Station-Air fonctionne par Wi-Fi essentiellement. « On a fait le choix de la connexion Wi-Fi pour aller au plus simple pour le particulier » admet Michel Seyrac. Aucun branchement par câble Ethernet n’étant pas prévu sur la station.

Des données pour quoi faire ensuite ?

Voilà qui n’est pas encore défini pour le moment. Les données en tout cas seront accessibles à tous dès l’instant que l’on adhère au partage des données, en attendant qu’une réelle valorisation de ces informations et statistiques soient concrètement utiles à l’avancement de l’amélioration de la qualité de l’air à l’intérieur des habitats. Libre d’accès pour tous, collectivités territoriales, associations et citoyens pourront consulter ces données et les utiliser pour faire avancer la question de la qualité de l’air intérieur.

apptPour chercher un logement à louer, il faudra sans doute demain, compter sur ce paramètre !
Avis aux propriétaires qui remettent à neuf les appartements avant de louer : attention aux enduits, colles, peintures que vous utilisez car cela impactera la qualité de l’air à  l’intérieur des appartements et donc son attractivité (et surtout la santé de chacun).

Loin de permettre un maillage important du territoire dans un premier temps puisque la campagne propose de lancer une première vague de mise en circulation d’un minimum de 45 Station-Air à l’automne, serez-vous toutefois parmi les pionniers pour donner le mouvement à cette initiative ?

Alors, est-ce que la mesure de la qualité de l’air à domicile va intéresser le grand public ?
La campagne ULULE est aussi une véritable étude de marché  à elle seule.

« On est capable de vous donner ces infos.
Est-ce que ça vous intéresse ? »

-Voilà la question que Michel Seyrac pose aux internautes.

Autrement dit, est-ce que la population se préoccupe de sa santé en étant attentive à l’air qu’elle respire ? Est-ce qu’au-delà de se plaindre de la mauvaise qualité de l’air en général, les gens sont prêts à acheter un appareil pour surveiller ce qui se passe pour eux en particulier et dans le concret ?

La population a-t-elle seulement conscience de l’impact de la qualité de l’air sur sa santé ?

Autre Ressource :  Guide de la pollution de l’air intérieur

Un article de : Nathalie Baldji

 

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